interview Cécile Giornelli

  • 18 avr. 2024

interview de Cécile Giornelli, fondatrice de Fight Nutrition Academy

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Bonjour Cécile, peux-tu nous parler un peu de toi, de ton parcours et de ce qui t’a amené à la nutrition spécifique aux sports de combat ?


J'ai grandi au bord d’un tatami grâce à mon père, 6ème de Karaté et professeur passionné et émérite. Pendant plus de 20 ans, je suis son enseignement, jusqu'à devenir la plus jeune personne à obtenir son 3ème dan en France.

En parallèle, j'obtiens un Master en Marketing & Négociation industrielle, qui me conduit à changer de région, donc de club. J'en profite pour m'essayer quelques années au Krav-Maga, puis au pied-poing ainsi qu'au MMA.

​Je réalise alors que mon intérêt pour le bien-être et la santé devient de plus en plus vif, cet univers me fascine et m’inspire. Ainsi, après de nombreuses années dans l’ingénierie commerciale au sein d’une multinationale, je décide de changer totalement de voie et reprend mes études pour devenir coach sportif et nutritionniste du sport.

Après l’obtention de ces diplômes, c’est tout naturellement que je me dirige vers une carrière dans la nutrition des sports de combat.

Pourquoi avoir fondé la Fight Nutrition Academy ?

Ce projet est la résultante d'une vive envie de partager des conseils sur l’optimisation de la performance via la nutrition, mais pas que.

La “vraie” réalité, c’est qu’une nuit d’été 2020, alors que le confinement nous touche depuis quelques mois, je me retrouve en proie au doute. Entre l’arrêt total des compétitions et le décalage des Jeux Olympiques, mon activité professionnelle était en berne.

Avant le confinement, cela faisait déjà des années que je travaillais avec les plus grands : Cédric Doumbé, Clarisse Agbegnenou, Ciryl Gane et bien d'autres.

Leur confiance a fait de moi la référence française en nutrition des sports de combat. Pionnière du métier en France, je suis parvenue à casser de nombreuses croyances contraires à la performance, à créer des protocoles détaillés et personnalisés, à susciter des vocations, et à obtenir des résultats encore jamais vus dans le milieu !

Rapidement, athlètes et entraineurs ne s'y sont pas trompés, tous m’ont sollicitée pour bénéficier de mon approche unique afin de se hisser sur les plus hauts rangs des podiums : UFC, Glory, Lumpinee, One FC, mais aussi Jeux Olympiques et Championnats internationaux.

Face à ce constat, une amertume incroyable m’envahissait alors : aurais-je fait tout ça pour « rien » ?

Cette même nuit, j’observe ma fille de 3 ans dormir paisiblement.

À cette amertume s’ajoute alors l’inquiétude et les questionnements d’une mère qui élève seule son enfant : Comment vais-je tenir financièrement ? Vais-je subvenir à ses besoins convenablement ? Comment vais-je maintenir son confort ? Aussi, et bien que ma reconversion professionnelle soit un succès, dois-je pour autant prendre un job alimentaire ? Je ne parvenais pas à envisager faire autre chose que ce pourquoi je suis naturellement douée !

Le lendemain, je reçois l’appel d’un ami, préparateur physique. Il m’explique qu’il termine une formation en nutrition qui l'a laissé sur sa faim. Il me questionne alors sur les process que j'applique. Fidèle à moi-même, je lui détaille chaque point.

Cette conversation, banale en apparences, eut en réalité un impact décisif. Elle planta la graine dans mon esprit : et si je créais ma propre formation ? Puisque cela fait des années que je transmets mon expertise auprès de mon cercle personnel et professionnel, pourquoi ne pas le faire à plus grande échelle ? Pour avoir moi-même passé des diplômes en nutrition sportive, je sais qu’il y a de grosses lacunes sur le sujet des sports de combat, alors pourquoi ne pas me lancer ?

Déterminée et sûre de ce que j'avais à offrir, je décide alors de rendre disponibles toutes mes connaissances cumulées durant ces années, aussi bien théoriques que terrain, pour révolutionner les mentalités et l'approche de la nutrition dans les sports de combat. Six mois après, le concept de Fight Nutrition Academy était lancé, les audits requis par l’Etat validés, et le 1er élève inscrit.

Depuis, c’est une armée de Fight Nutritionists qui s’est levée ! Pour ma plus grande fierté !

Quels sont les principaux objectifs de la Fight Nutrition Academy ?

Fight Nutrition Academy est là pour changer la donne.
Notre conviction profonde : bousculer la façon dont le monde des sports de combat envisage la nutrition en dépoussiérant les anciennes méthodes et les pratiques obsolètes.

Avec des approches éprouvées et validées, coachs et entraineurs peuvent enfin bénéficier d'un contenu unique visant à maximiser les résultats de leurs athlètes, mais aussi à améliorer leur sécurité durant chaque phase du cutting (= la façon très spécifique qu’ont les combattants pour perdre du poids avant d’être pesé, puis d’en reprendre très vite).

En quoi le programme de nutrition d’un sport de combat va différer d’une autre pratique sportive ?

Dans les sports de combat, la première bataille à mener est celle du poids : réussir sa pesée est inévitable. C'est aussi simple que ça, et tous les athlètes le savent. 

Aussi, il n'y a aucun intérêt à suivre les préceptes de la nutrition sportive générale, qui suggèrent notamment une forte recharge glucidique (= en sucres) dans les jours qui précèdent le combat. Suivre ce principe revient à prendre le risque de réaliser un gros rebond avant la pesée et donc, ne plus être au poids. Même chose pour la nutrition spécialisée dans le fitness et les concours de musculation : l'effort à produire est totalement différent (sans oublier que les produits dopants y sont légion).

Quelle est ton approche du cutting ? C’est une pratique qui a des répercussions sur le corps des sportifs.

Il y a quelques années, la plupart des combattants faisaient des régimes "à l'arrache", avec des méthodes bien souvent en contradiction avec la performance (combinaison de sudation, laxatifs, déshydratation sévère, etc.).

La recherche du spectaculaire - notamment dans le MMA - pouvait pousser les coachs à faire réaliser les plus gros cuttings, sans s'assurer si une autre méthode pouvait être envisagée.

Une "autre méthode", c'est justement ce que j'offre aux athlètes, qui sont constamment au régime et dans l'effort. Passionnée par l'humain, je me pose, je les écoute, et leur donne des conseils nutritionnels en fonction de qui ils sont, de leurs contraintes, de leur emploi du temps, et non pas d'un dogme ou d'un programme préconçu.

Attention, tout comme les athlètes, je vise la performance !

Mais pas au détriment de leur santé physique ou mentale, c'est pourquoi je cherche toujours la recommandation qui sera la plus adaptée à l'athlète, tout en maintenant le cap vers l'objectif.

A mon sens, la performance ne se fait pas sur un seul combat, mais bel et bien sur une carrière, en préservant leur corps au maximum (déjà que ce sont des disciplines à risques!).

Ainsi, lorsque je débute avec un combattant, mon approche n'est jamais en one-shot. C'est pourquoi, dans mes stratégies alimentaires, les performances mentales et cognitives sont totalement entremêlées aux performances physiques.

C'est d'ailleurs pour cela que j'ai crée le terme "STRATÉGIE ALIMENTAIRE", terme désormais largement repris par l'ensemble de la communauté pugilistique. Je ne travaille pas que sur le seul poids de pesée, mais aussi sur le poids de forme, le poids de combat, le poids limite, etc. 

Pourquoi avoir intégré une section spécifique sur le cycle féminin dans ta formation ?

D’une certaine façon, pour les raison évoquées plus haut.

Aussi, parce que 80% des blessures chez les athlètes féminines ont lieu durant la phase prémenstruelle, parce que les staffs sportifs sont essentiellement masculins, parce que ce phénomène si naturel est encore trop tabou d’un côté comme de l’autre, parce que je sais que mes étudiants sont ancrés dans la réalité de la performance mais se sentent parfois démunis vis à vis de ce sujet et ne savent pas comment s’y prendre, parce que j’aimerais que les choses bougent pour toutes nos formidables athlètes, parce que c’est si simple et si important...

Bref, pour plusieurs raisons 😅

Quels sont les défis spécifiques auxquels les femmes sont confrontées en matière de nutrition, notamment dans les sports de combat ?

Les problématiques principales sont : 

  • douleurs articulaires

  • douleurs musculaires

  • anémie

  • fatigue

  • troubles du sommeil

  • irritabilité, anxiété

  • doute, stress

  • perte de confiance en soi

  • troubles du comportement alimentaire

  • troubles hormonaux si régimes trop stricts 

  • si la compétition tombe durant les règles, beaucoup poursuivent leur pilule

  • rétention d’eau (juste avant une pesée, génial…)

  • durant la phase pré menstruelle : douleurs, difficulté à récupérer, dormir, tenir le régime

  • triade sportive

Y a-t-il des recommandations générales que tu donnes aux femmes pratiquant les sports de combat concernant leur alimentation tout au long du mois ?

Parvenir à faire un mix entre s’écouter et suivre l’objectif.

Equilibre très subtil qui ne peut reposer que sur l’humain, la confiance mutuelle et la bonne connaissance de ses athlètes féminines.

Comment une meilleure compréhension du cycle féminin peut-elle améliorer la performance des femmes ? Est-ce quelque chose que tu as pu expérimenter dans ta pratique sportive personnelle ?

De façon générale, une meilleure compréhension du cycle permettrait - à terme - de limiter les risques de blessures durant la phase pré-menstruelle.

Cela dit, cela implique d’individualiser absolument toutes les séances de préparation physique et d'entraînement technique. Dans un monde où les athlètes et les staff ont peu de moyens, cela reste pour l’heure encore compliqué à mettre en place.

Aussi, la plupart des athlètes font des séances de façon collective : difficile d'adapter volume et intensité dans cette configuration.

Je fais partie des femmes chanceuses avec très peu de symptômes physiques (en revanche, je suis chiante lol) et qui ont un cycle très bref. Donc je ne peux pas parler de mon expérience personnelle.

Je les accompagne - au final - essentiellement sur la gestion de leurs émotions pour celles qui se jugent sur le fait de manger davantage durant cette période (elles se jugent parfois sévèrement, au point de perdre confiance en elles dans un monde où les égos et le culte de la performance règnent).

Je leur explique que c’est normal et naturel de manger davantage durant cette période, et d’avoir une appétence pour des produits plus énergétiques. Je leur explique aussi ce qu'il se passe à l’intérieur de leur corps.

En comprenant, elles deviennent plus tolérantes via ce biais cognitif, ce qui leur permet de plus facilement se diriger vers des options que je leurs proposent.

Aussi, je réalise des recommandations pour celles dont les règles sont parfois douloureuses.

Comprenons tout de même une chose : beaucoup de féminines ne veulent pas adapter leurs entraînements selon le cycle, pour la simple raison qu’elles ne savent pas quand une date de combat va tomber.

Donc à tout moment cela peut tomber au “mauvais” moment. Elles veulent y être préparées sans l’envisager comme un handicap. c'est pourquoi, dès l'entraînement, elles refusent de potentielles adaptations.

As-tu des exemples concrets où l'adaptation de la nutrition en fonction du cycle menstruel a eu un impact significatif sur la performance d'athlètes que tu as coachée ?

Les principaux exemples que j’ai portent sur la fameuse rétention d’eau.

Imagine une athlète qui a suivi sa diète parfaitement, tout est calé, sauf que 2 jours avant elle se retrouve avec 2 kg supplémentaires à perdre (sachant que si l’on joue sur la déshydratation, elle sera in fine encore plus déshydratée). Ça c’est vraiment problématique voire dangereux.

Donc les adaptations que j’ai eu à solutionner ont plutôt porté sur cela. Minimiser la rétention d’eau pour valider la pesée, et ainsi qu’elles ne se retrouvent pas en panique et ne plus manger les derniers jours.

Dans le futur, penses-tu que l'intégration du cycle féminin dans la nutrition et la préparation physique deviendra une norme ?

Difficile de répondre, mais je suis une personne optimiste alors oui j’ai envie d’y croire et oeuvre pour.

Quelques conseils pratiques :

Quels sont les pièges les plus courants à éviter en matière de nutrition pour les femmes dans ce domaine ?

  • Ne pas écouter son corps et les signaux de fatigue qu’il envoie, réaliser des diètes trop restrictives

Comment encourager les femmes à mieux comprendre leur corps et à adapter leur alimentation en conséquence ?

  • Expliquer, partager, former, briser les tabous…

As-tu des conseils finaux à partager avec les lecteurs, en particulier les femmes pratiquant les sports de combat ?

  • Bien surveiller ses apports en fer : pour éviter les risques d’anémie

  • Couvrir ses besoins énergétiques : pour donner à son corps les nutriments dont il a besoin pour performer mais aussi dans son quotidien

  • Couvrir ses besoins hydriques : pour éviter la rétention d’eau

  • À l’approche des compétitions : réduire ses apports en sel pour éviter la rétention d’eau

  • Et surtout se rappeler que non, les règles ne sont pas censées faire mal au point d’être pliée en deux. Si tel est le cas : consulter

Merci à Cécile d'avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions !

Vous pouvez la retrouver sur

Instagram : @fight.nutrition.academy

son site web : https://www.fight-nutrition-academy.com



Moi c'est Jeanne, curieuse, passionnée et amoureuse des nouveaux défis !

Quand j'ai découvert le potentiel inexploité du cycle féminin et son impact sur la vie des femmes, l'injustice m'a frappée. Pourquoi personne ne m'a rien dit ?

Ma mission aujourd'hui : transmettre au maximum ces connaissances, afin que demain, chaque femme puisse s'épanouir en utilisant toutes ses capacités.

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